L’Abstractionnisme en Photographie 7/7

3-Manosque France (REP142-97235)
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L’Abstractionnisme : de la peinture à la photographie.

Origine et histoire de l’Abstractionnisme en peinture.
L’abstraction en peinture apparaît au début du XXe siècle comme une rupture volontaire avec la représentation figurative, cherchant à exprimer l’intériorité, la musique ou l’idée pure par la couleur, la forme et la composition plutôt que par la copie du réel.
Les racines de l’abstraction remontent au XIXe siècle, mais sa formulation consciente est associée à des artistes comme Vassily Kandinsky, Hilma af Klint et František Kupka, qui, entre 1910 et 1917, explorent l’autonomie de la peinture et la capacité des éléments plastiques à produire un sens indépendant du monde visible. Kandinsky, en particulier, théorise cette démarche dans Du spirituel dans l’art (1911), où il compare la peinture à la musique et soutient que lignes et couleurs peuvent provoquer des émotions sans narration figurative. Parallèlement, Kasimir Malevitch pousse l’abstraction vers la pure non-figuration avec le suprématisme et son Carré noir (1915), cherchant la réduction extrême à des formes élémentaires pour atteindre une universalité plastique.
Composition VII, Vassily Kandinsky. 1913
Morning in the Village after Snowstorm Kazimir Malevich. 1912
Durant l’entre-deux-guerres l’abstraction se ramifie en plusieurs courants : le néoplasticisme de Piet Mondrian qui organise l’espace par des lignes et des plans colorés rigoureux, l’expressionnisme abstrait et la peinture gestuelle qui, plus tard, mettront l’accent sur l’action du peintre (Jackson Pollock) et la matérialité du geste, et des formes décoratives ou lyriques qui intéresseront des artistes comme Sonia Delaunay. Ces évolutions reflètent des préoccupations philosophiques, scientifiques (relativité, nouvelles perceptions du temps et de l’espace), et spirituelles qui poussent les artistes à reconsidérer la finalité de l’image et son rapport au réel. Les avant-gardes (cubisme, futurisme, dadaïsme, surréalisme) contribuent aussi à délier la peinture de la ressemblance, préparant le terrain pour des expérimentations formelles et conceptuelles.
The Red Tree, Piet Mondrian. 1908
Après la Seconde Guerre mondiale, l’abstraction se mondialise et se diversifie : l’expressionnisme abstrait américain valorise l’acte créatif et l’empreinte subjective, tandis que les recherches minimalistes et géométriques cherchent une rigueur conceptuelle et formelle. Les débats persistent sur la fonction de l’abstraction — plastique, politique, spirituelle — mais son importance comme langage autonome est désormais établie.
L’Abstractionnisme en photographie.
Dès les origines techniques de la photographie existent des moyens de production d’images non figuratives (photogrammes dès le XIXe siècle), mais c’est au XXe siècle, avec les avant-gardes, que la photographie abstraite devient une pratique artistique reconnue. Des pionniers comme Alvin Langdon Coburn (vortographes), Man Ray (rayographies) et László Moholy Nagy (photogrammes et expérimentations lumineuses) montrent que la photographie peut produire des images autonomes en jouant sur l’ombre et la lumière, la déformation optique, le cadrage serré et les procédés sans appareil pour créer des formes non reconnaissables et des compositions purement plastiques.
Au fil du XXe siècle, l’abstraction photographique se déploie selon plusieurs stratégies : abstraction par composition (détail rapproché, fragmentation du sujet), abstraction par procédé (surimpression, flou, bougé, solarisation), et abstraction par suppression de l’appareil (photogrammes), chacune visant à rompre l’identification immédiate du sujet et à mettre en valeur formes, textures, contrastes et rythmes visuels.
À l’ère post digitale, la photographie abstraite s’étend encore : le numérique facilite la manipulation des pixels, la recomposition algorithmique et l’hybridation avec d’autres médias, posant de nouvelles questions sur l’indexicalité et l’autonomie de l’image photographique. Les débats théoriques actuels interrogent si la photographie abstraite « détruit » l’index de la photographie ou si, au contraire, elle élargit les possibilités expressives du médium en l’affranchissant de la simple copie du réel.

Ferney Voltaire (France) – Juin 2026

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